Droits de douane, Trump devrait remercier la Cour suprême
L'annulation des droits de douane "réciproques" lui donne l'opportunité d'enterrer une politique impopulaire. Le fera-t-il ?
Vendredi 20 février. C’est la foule des grands jours dans la salle de presse de la Maison-Blanche. Donald Trump émerge le visage fermé. “C’est une décision importante pour moi”, avoue le président. Il fait référence à l’invalidation, quelques heures plus tôt, par la Cour suprême, des droits de douane “réciproques” qu’il a annoncés en grande pompe le 2 avril dernier, date surnommée “Jour de Libération”, contre plusieurs dizaines de partenaires commerciaux.
Aux journalistes qui lui font face, il fait ce qu’il sait faire de mieux: contre-attaquer et ne jamais s’avouer vaincu. “J’ai honte pour certains membres de la cour qui n’ont pas eu le courage de faire ce qui est juste pour le pays”, dit-il en accusant les six juges sur les neuf qui ont soutenu cette décision “profondément décevante” d’avoir été influencés par de mystérieux “intérêts étrangers”.
Malgré son attitude combative, le revers est réel pour le locataire de la Maison-Blanche, qui avait fait des “tarifs”, qu’il a décrits autrefois comme son “mot favori” devant “Dieu”, “amour” et “famille”, une arme de choix pour résorber le déficit commercial, ré-industrialiser le pays et même exercer des pressions politiques sur certains pays, comme récemment contre le Danemark pour récupérer le Groenland.
Le coup de massue fait d’autant plus mal qu’il est asséné par une cour à majorité conservatrice, dont il a nommé trois juges. Deux parmi ces derniers - Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch - ont soutenu l’invalidation des surtaxes, estimant avec leurs quatre collègues que le Républicain n’avait pas le pouvoir de s’appuyer sur une loi d’urgence économique datant de 1977 (“International Emergency Economic Powers Act” ou IEEPA) pour instaurer ces droits de douane punitifs sans l’aval du Congrès, compétent en matière de taxation.
Une fois n’est pas coutume, les Démocrates ont applaudi la haute-cour. Tout comme certains Républicains, inquiets de l’impact de cette politique sur leurs circonscriptions. C’est le cas du modéré Don Bacon, député du Nebraska, État républicain rural dont les agriculteurs ont pâti des tensions commerciales. “Les droits de douane généralisés sont une mauvaise stratégie économique”, a-t-il écrit. Les marchés financiers de part et d’autre de l’Atlantique se sont également réjouis. À Paris, le CAC 40 a franchi pour la première fois de son histoire les 8 500 points grâce au rebond de valeurs tournées vers l’export (luxe, vins et spiritueux…).
Aux États-Unis, les répercussions économiques de cette décision pourraient être importantes. L’argent collecté à partir des tarifs instaurés au nom de l’IEEPA a représenté plus de 130 milliards de dollars en 2025. C’est autant de fonds que le gouvernement ne pourra pas utiliser pour compenser le manque-à-gagner causé par le “One Big, Beautiful Bill Act”, la loi-phare du second mandat de Donald Trump qui prévoit des réductions d’impôts importantes pour les ménages.
Autre question: quid du remboursement des entreprises qui ont dû prendre en charge ces tarifs illégaux ? Le Trésor américain pourrait avoir à rendre quelque 170 milliards de dollars estimés, d’après les calculs de l’école de commerce Wharton. Le processus s’annonce chaotique et litigieux. Certaines entreprises, comme les supermarchés Costco, ont déjà porté plainte pour récupérer leur part du gâteau.
Blocage politique
Pour sa part, Donald Trump a promis de “remplacer” les revenus issus des droits de douane annulés et même d’ “engranger plus d’argent” en recourant à des outils législatifs alternatifs. Il a notamment invoqué une disposition contenue dans une loi de 1974 pour mettre en œuvre une surtaxe de 10% sur l’ensemble des importations. Problème: il n’aura pas les mains libres. En effet, le Congrès devra se prononcer sur une éventuelle extension au bout de 150 jours. À l’approche des élections législatives et sénatoriales de mi-mandat (“midterms”) de novembre, il y a fort à parier que les parlementaires républicains se montreront frileux. En 2025, leur parti a perdu plusieurs scrutins locaux et étatiques à cause du manque de résultats sur l’accroissement du pouvoir d’achat - un sujet qualifié de “canular” par le président milliardaire. En février, six députés du “Grand Old Party” (GOP) ont osé le défier en s’opposant à ses barrières tarifaires visant le Canada lors du vote d’une résolution. C’est peu, mais ce genre d’opposition pourrait s’accroitre à l’approche des élections.
Pour Yann Coatanlem, économiste et président du cercle de réflexion Club Praxis, Donald Trump “n’a pas beaucoup de solutions de substitution” après le revers infligé par la Cour suprême. Mais pour l’expert basé à New York, la décision de la haute-cour est, en réalité, une aubaine pour le locataire de la Maison-Blanche: elle lui donne l’opportunité d’enterrer une politique impopulaire, notamment dans les milieux d’affaires, traditionnellement proches des républicains. Selon une récente enquête de l’Université Marquette, 56% des Américains pensent ainsi que les droits de douane ont affecté négativement l’économie. Seuls 30% sont de l’avis inverse. Et selon le Budget Lab, un centre de recherche sur les questions budgétaires au sein de Yale University, les surtaxes ont gonflé les dépenses du ménage médian de 1 400 dollars.
Bilan négatif
Même la Maison-Blanche a reconnu sans le dire les limites de sa stratégie quand, en novembre, elle a mis en place des exemptions pour deux cent produits en tension (café, bœuf, épices…). “Il y a un an, Trump était encore sous l’illusion personnelle que les tarifs pouvaient être productifs. Je pense qu’il en est sorti aujourd’hui en voyant qu’ils ne lui ont pas rapporté autant qu’il ne l’aurait voulu”, suggère Yann Coatanlem. Il rappelle par exemple que le déficit de la balance commerciale des biens, que Donald Trump voulait réduire, a… augmenté en 2025 à un niveau record de 1 200 milliards de dollars. “Tous les économistes s’accordent à dire que l’impact négatif des tarifs va se faire sentir 10-20 fois plus aux États-Unis qu’en Europe car les droits de douane sont essentiellement pris en charge par les consommateurs américains, poursuit-il. On se tire une balle dans le pied !”.
Économiste à l’université Columbia, Bernard Salanié estime lui aussi que le bilan des droits de douane “réciproques” est maigre pour les États-Unis. En plus d’avoir créé de l’incertitude sur les marchés et froissé des partenaires commerciaux et des alliés, la politique trumpienne n’a pas permis une ré-industrialisation du pays. Les sommes collectées ne sont pas non plus astronomiques. “Certes, ils ont permis de récolter des milliards de dollars. Cela paraît considérable mais c’est peu comparé à la taille de l’économie américaine, le déficit budgétaire et les recettes de l’impôt sur le revenu tous les ans”, observe-t-il.
Même si la Cour suprême offre aujourd’hui à Donald Trump une porte de sortie pour abandonner discrètement son projet de droits de douane généralisés, le fera-t-il ? Cela sera difficile pour celui qui a longtemps vanté les vertus de sa stratégie, allant jusqu’à laisser entendre que la plupart des Américains pourraient percevoir 2 000 dollars grâce aux revenus générés. Les juges de la haute-cour l’ont fait revenir sur terre. Il aura l’occasion de leur dire tout le bien qu’ils pensent d’eux mardi 24 février lors du traditionnel Discours sur l’état de l’Union. Les juges seront assis à quelques mètres de lui.


Il ne laissera pas tomber même s'il ne pourra plus faire comme il faisait d'un simple Twitte. Il va continuer il ne peut pas s'empêcher de rester sur sa ligne.
En tout cas la cour suprême lui enlève son arme préférée contre les autres nations. Ce qui va sûrement être un avantage pour les autres nations peut-être la fin de la flatterie pour l'apaiser !?
Je ne pense pas que ça lui donne un avantage en tout cas pas pour les mi-termes. Car les prix ne sont pas diminuer assez vite (s'ils diminuent).
Le mal est fait c'est trop tard.
Et cette décision est un sacré coup dur pour lui.
Va-t-il se venger sur l'Iran ??? J'espère que non. Il a assez de victimes civils partout dans le monde.