Midterms: raclée assurée pour les Républicains ?
Les Démocrates ne peuvent pas perdre les "midterms", hein ? Hein ?
Pour mesurer l’impact potentiel de la guerre en Iran sur les élections législatives et sénatoriales de mi-mandat (“midterms”) de novembre, il suffit de se tourner vers la circonscription du député républicain Mike Lawler. Située à moins d’une heure au nord de New York, le long du fleuve Hudson, elle fait partie de la quarantaine de “swing districts”, ces territoires qui oscillent entre démocrates et républicains d’un scrutin à l’autre, qui détermineront quel parti contrôlera la Chambre des représentants à l’issue des échéances de novembre.
En ce moment, l’ambiance n’est pas à la fête. Pendant un récent forum organisé par le député candidat à sa réélection dans une école locale, certains participants se sont lâchés contre leur représentant, accusé de ne pas avoir eu le courage de s’opposer à ce conflit impopulaire, qui fait augmenter le prix du carburant et des engrais, postes de dépenses importants dans cette région rurale. “Vous avez mis en danger nos jeunes, nos militaires et notre pays et tué des civils en ne vous dressant pas face à Trump dans cette guerre injustifiée !”, a lancé une personne, d’après le New York Times. “Faites votre travail s’il vous plaît !”, a exhorté une autre. L’élu, qui avait aussi des soutiens dans la salle, a dû s’interrompre à plusieurs reprises face aux huées. “Nous sommes dans un auditorium de lycée, et les lycéens se comportent bien mieux que vous ne le faites en ce moment”, a-t-il réagi.
Traditionnellement, les “midterms”, qui verront le renouvellement d’un tiers du Sénat (35 sièges) et l’intégralité de la Chambre des Représentants (435), ne sourient pas au parti au pouvoir. Surtout quand le locataire de la Maison-Blanche est impopulaire comme aujourd’hui.
La guerre en Iran a donné une raison supplémentaire aux Républicains de s’inquiéter. Hausse des prix à la pompe quand les ménages se plaignaient déjà du coût de la vie, langage belliqueux et difficilement justifiable du président, dépenses militaires faramineuses au moment où le gouvernement affaiblit les filets sociaux: les observateurs parlent d’ores-et-déjà d’une possible de “vague bleue”. À savoir une large victoire démocrate synonyme de majorités retrouvées à la Chambre des Représentants et au Sénat pour la première fois depuis 2021. Une victoire dans les deux chambres du Congrès serait synonyme d’opposition plus efficace à Donald Trump et peut-être même de procédure de destitution. L’intéressé en est très conscient.
Pour Robert Kaufmann, professeur à la Boston University (BU) et spécialiste du secteur pétrolier, il a raison de s’inquiéter. Malgré l’annonce, vendredi 17 avril, de la ré-ouverture du détroit d’Ormuz pendant la durée du cessez-le-feu entre le Liban et Israël, il faudra certainement attendre plusieurs mois avant un retour à la normale. Et encore, la “normale” pré-opération “Epic Fury” en convenait pas à“Le coût de l’essence est l’un des facteurs qui déterminent les comportements de vote aux États-Unis. S’il est élevé, les électeurs auront tendance à sanctionner le parti au pouvoir car, en dehors des centres urbains dotés de moyens de transports, ils utilisent la voiture au quotidien, dit-il. De plus, l’énergie a un effet inflationniste: quand son prix croît, tout augmente”.
Tâche difficile au Sénat
Très motivés, les Démocrates sont sur une bonne lancée. En 2025 et 2026, le parti a remporté ou amélioré les scores de Kamala Harris dans une série d’élections partielles et intermédiaires dans des zones républicaines. En mars, la démocrate Emily Gregory a créé la surprise en s’imposant dans la circonscription de l’Assemblée législative de Floride où se situe Mar-a-lago, la résidence de Donald Trump.
“La guerre crée des défis à court terme en déplaçant l’attention de l’économie vers les préoccupations liées au conflit, les perturbations des marchés de l’énergie qui pourraient accroître l’inflation et les inquiétudes concernant le coût de la vie”, reconnaît Jim Merrill, consultant politique au sein du cabinet Bernstein Shur dans le New Hampshire. Il a notamment travaillé sur les campagnes des Républicains Mitt Romney et George W. Bush.
L’autre défi pour le “Grand Old Party” (GOP): Donald Trump lui-même n’est pas en lice, même si les “midterms” sont souvent un référendum sur le locataire de la Maison-Blanche. “Trump parvient à rassembler une coalition unique lorsqu’il est sur le bulletin de vote, mais la participation républicaine en prend un coup lorsqu’il ne l’est pas”, poursuit-il.
Une “vague bleue” est-elle assurée pour autant ? Rien n’est acquis à six mois des échéances, une éternité dans le temps politique. D’autant que, malgré ses bons scores récents, le Parti démocrate reste moins populaire dans l’opinion que le Parti républicain.
La cartographie électorale représente aussi un défi. En effet, les Républicains semblent bien positionnés pour conserver leur majorité au Sénat compte-tenu de la composition des trente-cinq circonscriptions en jeu. Dans la haute chambre, les circonscriptions en question sont les États entiers, plus difficiles à faire basculer. Pour reprendre la majorité, les Démocrates doivent renverser au moins quatre sièges. Ce qui ne sera pas chose aisée. Ils devront également en défendre plusieurs (Géorgie et Michigan).
La tâche est plus simple à la Chambre des Représentants, où le parti n’a besoin de grappiller que trois sièges (sur une vingtaine susceptibles de basculer dans leur escarcelle) par rapport au nombre dont il dispose aujourd’hui pour reconquérir la majorité, mais il devra aussi en défendre une quinzaine.
Cuisine électorale
Donald Trump s’est employé de son côté à revoir la tuyauterie électorale. Il a notamment poussé le Texas et d’autres États républicains à redessiner leurs circonscriptions de manière à donner un avantage à son camp en novembre (la Californie, un État démocrate, en a fait de même en guise de riposte et la Virginie pourrait suivre le mouvement à l’issue d’un référendum mardi 21 avril).
Il a également remis en question le vote par correspondance, mode de scrutin qu’il accuse à tort d’être frauduleux (et qu’il a utilisé lui-même pour voter). Et son gouvernement a laissé planer le doute sur l’envoi de policiers de l’immigration (ICE) pour surveiller les bureaux de vote, mesure qui pourrait miner la participation des citoyens d’origine étrangère.
Le milliardaire milite également pour le passage du SAVE Act, une loi actuellement examinée par le Sénat qui imposerait de nouvelles restrictions pour l’inscription sur les listes électorales. Elle a peu de chances de passer, mais elle montre à quel point il est décidé à influencer les scrutins.
Départs à la retraite
Il peut encore se passer beaucoup de choses, donc, mais si la guerre continue de peser sur les portefeuilles, les Démocrates pourraient être favorisés. Signe qui ne trompe pas: trente-cinq députés républicains ont annoncé qu’ils ne se représentaient pas en 2026 contre seulement vingt dans le camp adverse. Traditionnellement, les départs sont plus nombreux au sein du parti qui anticipe une raclée.
Les Démocrates peuvent aussi compter sur Donald Trump pour se tirer une balle dans le pied. Dernière illustration en date: sa récente passe-d’armes avec le Pape Léon au sujet de la guerre et la publication d’un mème où il se fait passer pour Jésus sur son réseau social ont provoqué un tollé chez ses partisans catholiques et évangéliques, une partie importante de sa coalition électorale.
Un tel comportement pourrait notamment décourager des hispaniques qui avaient voté pour le républicain pour la première fois en 2024 par mécontentement face à l’inflation de l’ère Biden, mais qui apprécient l’Église et le pape. “La principale préoccupation pour le Parti républicain ne devrait pas être l’érosion de son cercle de supporteurs les plus dévoués, mais le risque de rebuter les électeurs irréguliers et les partisans modérés, analyse Jim Merrill. Quand Donald Trump est discipliné, il est un messager très puissant, mais son imprévisibilité crée des distractions. À l’approche des ‘midterms’, chaque journée passée à ne pas communiquer sur l’économie, principal sujet de préoccupation des Américains, est une journée perdue pour les Républicains”.




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